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En quoi la digression est-elle pertinente ?
#15 Pour s'installer dans la spontanéité de l'instant 🗣️
Yo ! ✊🏾
Encore une fois, toutes mes excuses à toute la communauté RHETORICATOR pour l’heure et la date inhabituelles de l’envoi de ce mail. Disons que mes derniers jours sont assez mouvementés, malgré la passion que cela me procure. Pour celles et ceux qui viennent de nous rejoindre, il y a aussi le groupe privé sur Télégram afin d’échanger plus fluidement. En plus, on fait des challenges chaque semaine pour sortir de notre zone de confort et surtout progresser à l’oral.
Et.. Voici quelques éditions précédentes pour t’introduire à mon univers :
Rentrons maintenant dans le vif du sujet !
INTRODUCTION
Parler, c’est emprunter la voie vers une cour de récréation.
L’amusement est le maître-mot. Ainsi, que la créativité. De toute façon, ce n’est pas Albert Einstein qui disait ce qui suit ?
“La créativité, c’est l’intelligence qui s’amuse.”
Et parfois dans cet élan ludique, on peut s’autoriser d’aller en dehors du cadre établi. Et on ne risque pas toujours de nous faire gronder. Car cela reste temporaire.

Chill !!!
Pour la 15ème édition, notre concentration sera portée sur une technique ayant des fonctions multiples : la digression.
Si toi aussi tu aimerais t’autoriser du “hors-sujet pertinent”, lis ça !
CE QUE TU LIRAS DANS CETTE EDITION
1 - La digression
2 - Prendre du recul
3 - L’autodérision de Ken Robinson
4 - Un répit avant le repas, un repas avant le repos
1 - LA DIGRESSION
Digresser revient à parler d’un sujet qui n’était pas prévu et qui est secondaire à ce pourquoi nous parlons.
La digression est une figure de rhétorique qui indique une diversion temporaire du sujet vers autre chose. Narrative ou rhétorique, elle consiste à accorder un souffle dérivatif, en parlant de ce qui ne devrait être.
Elle sait combler les passions de l’auditoire lorsqu’elle est clairement nommée par celle ou celui qui l’emploie. C’est ouvrir grandement les parenthèses pour faciliter l’élan autodérisoire et proposer un tempo orchestré.

« Bon… Après cette digression inutile ! (rire) Je vous parlais de… »
Pour un improvisateur, la digression se nourrit de ce que l’instantanéité lui sert tout en étant dans la vigilance de la pertinence circonstancielle. Contrairement au métadiscours, elle est la résultante d’un acte délibéré et contrôlé. Elle peut surgir pour commenter une particularité observée dans l’environnement.
Exemple : tu remarques que ton collègue porte un collier avec un pendentif sous forme de lune, sur lequel tu t’appuies pour parler de la pleine lune observée la veille. Ceci, dans le seul objectif de distraire les esprits et détendre l’atmosphère.
Bien que la digression soit extrinsèque au sujet capital, elle trouve une forme d’impact sur le fond du discours. Digresser avec dextérité revient à lier ses propos avec l’instant, tout en proposant aux auditeurs un voyage lointain.
La règle que l’on examine dans cette partie soutient le fait qu’user d’une digression particulièrement en exorde (qui est la première partie d’un discours, clique ici pour lire sur le sujet) peut avoir des effets vertueux sur l’attention de l’auditoire.
En gros, c’est faire chauffer le moteur avant le démarrage !
2 - PRENDRE DU RECUL
Dans la rédaction de ce chapitre, il m’était impossible de manquer d’évoquer Monsieur MBOTAINGAR, Docteur en Droit et Maitre de Conférences. Un professeur qui a comblé mes emplois du temps bien chargés de ma 3ème année de Licence en Comptabilité option Fiscalité.
Il incarnait par sa posture et sa parure, une autorité élégante. Muni de son sac, sans diapo, ni support en particulier, il nous dictait par cœur les normes, les articles et les textes de loi. Sa passion pour son domaine était contagieuse et son éloquence, élogieuse.

Dr Abdoulaye Mbotaingar.
L’une de ses particularités propres étaient de souvent avoir quelques minutes de retard comme pour se faire désirer et ensuite entrer dans la salle en nous narrant une petite anecdote n'ayant aucun lien avec le cours.
Ces digressions servaient le climat chaleureux du cours, d’autant plus qu’elles concluaient souvent par une touche humoristique. Il avait un rire naturel. Tellement naturel qu’au premier abord cela pouvait gêner eut égard à son statut. Mais cela n’illustrait que son authenticité.
Parmi les centaines d’heures de séances pédagogiques, il n’eut pas une seul fois où il commença son cours sans digresser. Était-ce volontaire ? Une fois encore, je l’ignore.
Cela dit, en tant que témoin oculaire, je peux attester de l’impact frappant de cette stratégie d’enseignement. On avait la sensation de prendre notre souffle avant un nouveau marathon intellectuel.
Marathon qu’on accomplissait sans fatigue, grâce à ces entrées en matière.
Cela donnait envie de l’écouter et d’approfondir les connaissances en Droit des Affaires. Pourtant, toute personne sensible à ces sujets juridiques sait que ce n’est en rien la branche du Droit Privé la plus simple et la plus passionnante.
3 - L’AUTODERISION DE KEN ROBINSON
Dans l’exercice régulière de la digression, l’une des personnes que j’affectionne particulièrement est Ken Robinson, expert en éducation. Né un 4 mars 1950 à Liverpool et malheureusement décédé le 21 août 2020 à Londres.
Connu grâce à sa sensibilité pour la créativité, à lui tout seul, il réunissait des millions de vues lors de ses interventions filmées. Son humour britannique et sa posture autodérisoire sont les éléments faisant l’unicité de son personnage.

Ken Robinson, Docteur en Sciences de l’Education.
Il suscitait facilement les rires dans les salles, sans forcer. Docteur en Éducation, et auteur de plusieurs ouvrages, il se dédouanait totalement des protocoles académiques dans son expression orale et ses apparitions médiatiques. Par ses multiples digressions humoristiques, il crée une affinité instantanée avec son public.
Le charme de sa personnalité réside dans le fait qu’il ne cherchait pas du tout à charmer qui que ce soit.
En ce qui concerne l’exorde entamé par une digression, une conférence TED de Ken Robinson peut servir d’exemple spécifique. En février 2006, dans la ville californienne Monterey, l’expert introduisit son intervention sur le sujet de la créativité tuée par le système éducatif mondial.
(Cette conférence TED détient le plus gros record de vues de toute l’histoire, avec plus 78M de vues sur le site).
Les configurations d’une conférence TED limitent la durée maximale à dix-huit minutes par personne. Ken Robinsons ici, fait une digression durant les 3 premières minutes. Il a donc sacrifié un sixième de son temps pour bifurquer avec précocité avant de rentrer dans le vif du sujet.
ANALYSE DETAILLEE DE SA DIGRESSION (PRENDS BIEN LE SOIN DE REGARDER LA VIDEO AVANT)
Consciemment ou inconsciemment, on peut remarquer qu’il tente par des répliques plus ou moins courtes d’interpeller régulièrement le public :
Cela commence par le fait de demander familièrement au public comment va-t-il et s’il passe un bon moment depuis les différentes interventions
Ensuite, ironiquement il dit qu’il a été époustouflé par toutes ces interventions. Pour ensuite chercher le rire du public en admettant qu’il veut enfaite juste se barrer.
Une fois qu’il obtient l’adhésion du public exprimée par des rires, il tente de revenir sur 3 points des interventions précédentes qui l’ont marqué
1er point : la preuve extraordinaire de la créativité humaine
2ème point : le fait d’avoir aucune idée ce qui va arriver dans un futur proche et lointain
3ème point : les capacités créatives et impressionnantes des enfants
Pour expliquer ces 3 points, il crée des illustrations sur lesquelles il invite le public à s’immiscer
La rencontre avec un professionnel de l’éducation durant une soirée
Les élèves qui commencent l’école cette année, seront à la retraite en 2065
La performance extraordinaire d’une artiste du nom de Sirena
Il enrichit ces illustrations par de multiples remarques drôles pour tisser encore une fois le lien avec le public
Arrivée en fin de digression, il annonce le sujet qu’il compte aborder soit « la créativité et l’éducation »
Enfin, il suscite les applaudissements du public en une simple phrase thétique : « Pour éduquer, j’affirme que la créativité est aussi cruciale que l’alphabétisation et que nous devrions la traiter de la même manière. »
Toutefois, cette digression est dotée des vertus de la compréhensibilité, c’est-à-dire :
qu’elle est structurée dans son énumération
qu’elle introduit en crescendo au message qu’il intente de discourir
Par cette stratégie de digression, il rentabilise sa prestation en optimisant la qualité d’écoute des spectateurs à cet égard.
4 - UN REPIT AVANT LE REPAS, UN REPAS AVANT LE REPOS
Dans nos journées respectives, nous chassons nos objectifs de vie par des actions et des accomplissements. Les circulations piétonnières et voiturières dehors en témoignent. Les bruits des machines, et des transports indiquent une vitalité économique, sociale et industrielle qui nous entremêle. Alors certains, se rendent dans leurs bureaux, d’autres se rencontrent autour d’un café pour discuter des affaires ou vont dans les écoles. Tous en mouvement pour satisfaire les besoins primaires et secondaires.
Cela dit, il nous arrive durant ces mêmes journées de dépenser notre capital temporel dans des activités non alignées avec nos aspirations. Un petit coup d’œil sur le téléphone et les réseaux sociaux, une longue discussion avec des amis sur l’actualité, un appel à un membre de la famille pour prendre des nouvelles. Ceci pour « souffler » ou se « changer les idées ».

A bien des égards, considérer cela comme du gaspillage de temps est aussi illégitime que de qualifier cela de repos. Individuellement, ces moments digressifs nous font rappeler que l’on a une vie sociale. La digression est assimilable à un pont menant les concernés vers le produit discursif de l’orateur, pas à pas. Elle permet la transition efficace de l’instant d’avant et de l’ancrage de l’exorde. Au même titre que les digressions journalières présentes dans notre quotidien actif, la digression discursive se présente comme le répit avant le repas (le discours) et le repos (fin de discours).
Par l’impertinence apparente, elle propose un échappatoire qui contribuera à l’instant de productivité qui la suivra. Telle la planification de l’imprévisibilité, cela requiert de l’audace de digresser volontairement, et une capacité de mémorisation permettant de situer par la suite, la ligne d’arrivée.
Je serais tenté de t’indiquer des façons pragmatiques de digresser en début d’intervention orale, mais cela serait limiter ta créativité. Et là n’est pas l’intention de ce chapitre. Outre l’aspect pratique, l’objectif de cette édition est plutôt de casser certaines croyances et d’indiquer que ce qui fonctionne souvent n’est pas toujours ce que l’on croit voir.
Retenons 6 règles de l’art de la digression :
I - NON LIAISON
Ne pas spécialement chercher une liaison soumise au message que l’on compte discourir.
II - IMPACT PRECOCE
Tenter d’obtenir l’adhésion de l’auditoire avant même d’annoncer la couleur de son discours.
III - INSTANTANEITE
Se nourrir des éléments que les circonstances nous présentent pour optimiser la familiarité avec l’instant.
IV - EQUILIBRE TEMPOREL
Avoir un rapport de prépondérance correcte, la digression en exorde qu’elle soit courte ou longue, dure maximum 10% de la durée de la prestation.
V - ANTI-METADISCOURS
Avoir un rapport de prépondérance correcte, la digression en exorde qu’elle soit courte ou longue, dure maximum 10% de la durée de la prestation.
VI - SPONTANEITE
Faire comme si cela allait de soi.
L’utilité décisive de la digression réside dans la spontanéité de son apparition, suscitant à la fois une surprise et une routine. Outre qu’en exorde, cette figure de rhétorique est bien sûr employable tout le long d’une prestation se présentant alors comme des apartés concis ou des tirades.
A l’instar de Ken Robinson, nombreux sont les orateurs et artistes scéniques se prêtant à cet exercice pour accrocher et attirer l’attention du public. Une pensée particulière aux animateurs d’évènements et d’émission TV qui souvent, se voient dans la délicatesse de prendre la température de l’auditoire pour garantir un bon déroulé de la manifestation collective.
Remarque : la digression, n’est pas un métadiscours
J’espère franchement que tu as aimé cet article sur ce sujet précis. En attendant la prochaine édition, fais-moi savoir dans le groupe privé sur Télégram si le présent mail t’a plu.
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A très vite !
Chadrack Ilanga
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