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Quels sont les bons mots à dire dès le départ de son discours ?

#2 Pour capter l'attention de son public et de son interlocuteur 🗣️

Yo ! ✊🏾

Au moment où j’écris ce post, nous comptons presque 200 personnes dans la communauté RHETORICATOR. Et ce n’est seulement que l’édition n°2 ! Merci, merci .. et merci pour la force que tu apportes à la genèse d’une grande histoire. D’ailleurs, tu peux répondre à ce mail pour me faire part de tes retours concernant la précédente édition (clique ici, si tu ne l’as pas lu). Cela m’aide à te proposer des conseils pertinents et précis.

Si tu souhaites obtenir plus qu’un mail par semaine. Voici ce qui s’offre à toi : 

Sans plus tarder, démarrons !

INTRODUCTION

“Je n’aime pas les concours d’éloquence.”

Ces 8 mots prononcés en préambule de mon discours en tant que jury de cette soirée de prise de parole en public, ont arrêté le temps. Cela a pris quelques secondes, et c’était immédiat. Dans cette édition, je souhaite que l’on s’attarde sur l’exorde.

En rhétorique classique, l’exorde désigne la première partie d’un discours. S’il est vrai que le début est délicat, essayons d’analyser les raisons pour lesquelles il l’est vraiment. Et essayons de trouver des solutions pour constamment captiver l’attention de l’auditoire.

Si tu as souvent du mal à rendre intéressantes tes prises de parole dès le départ, lis ça.

CE QUE TU LIRAS DANS CETTE EDITION

1 - Les deux problématiques de l’orateur

2 - Les fonctions de l’exorde

3 - Les meilleures stratégies pour capter l’attention de l’auditoire

4 - Les débuts à totalement proscrire de tes discours

1 - LES DEUX PROBLEMATIQUES DE L’ORATEUR

Lorsque tu fais face à l’expérience de la prise de parole en public, tu fais aussi face à deux problématiques. Mais on ne les conscientise pas assez. Elles sont souvent des facteurs significatifs du stress qui t’habite, durant les heures qui précèdent le jour J.

Je sais. Tu veux que j’accouche. Que je te les énumère directement. Là. Maintenant… Non ! Ca serait beaucoup trop facile. L’idée là, n’est pas de rendre volontairement les choses difficiles. Cependant, il est important de maintenir l’attention de son lecteur pour ensuite le mener là où on le souhaite.

Du coup.

Je ne vais rien dire.

En même temps, que tu lis ces mots répartis partout.

Ici. Et là.

Ou…

Là.

Ca change quoi ?!….

Bon, ça devient sérieusement n’importe quoi. Tu te demandes où est-ce que ça mène tout ça ? Je suis en train de te faire vivre les choses en question. Lorsque tu prends la parole, tu vas faire face à ces deux problématiques :

  1. Comment capter l’attention de l’auditoire ?

  2. Comment maintenir encore et encore son attention tout le long du discours ?

La difficulté de l’oralité, réside dans le fait que contrairement à l’écrit, il n’y a aucun support visible et tangible pour captiver l’auditoire. On peut mettre du gras sur l’écriture, par exemple. Pas à l’oral. On peut répartir les mots dans l’espace, comme ci-dessus. Mais pas du tout à l’oral. Les mots sont malheureusement invisibles bien qu’audibles.

Ainsi, capter l’attention passe par des stratégies autres, qui jouent volontairement avec les émotions et la psychologie de l’auditoire.

2 - LES FONCTIONS DE L’EXORDE

A force d’analyser la communication de mes environnements, je ne pus me cacher de la dimension manipulatoire des mots.

Selon moi, les mots sont le vêtement de la pensée de celui qui parle. Cela dit, ils ont aussi le pouvoir de faire penser celui qui écoute.

L’ère de l’attention

Cela peut paraître très cru pour certains lecteurs, mais capter l’attention revient à s’immiscer dans la conscience de l’autre. Sans son autorisation. C’est arrêter sa pensée pour l’orienter vers la nôtre durant un temps. Les chercheurs neuroscientifiques comme Idriss Aberkane insiste sur la valeur de l’attention au sein du marché économique. L’argent que génèrent les marques, dépend du temps d’attention que les consommateurs leur donnent. 

Celui qui a l’attention d’une personne, a aussi toute sa poche !

A ce titre, l’exorde qui est la partie première d’une prestation orale, doit capter l’attention. A leur époque, les fondateurs du conférence TED ont mesuré que l’attention humaine ne dépassait pas 18 minutes. Aujourd’hui, certaines études l’estiment à moins de 21 secondes. Tels sont les effets de la multiplicité des applications et de l’avènement des réseaux sociaux. Comprendre les particularités de la composition d’un début scotchant, t’accordera une vision forte sur la manière dont on peut influencer la foule.

Le teasing et l’intrigue

La seconde fonction de l’exorde est de faire une annonce intrigante. Déconstruis tout de suite tes réflexes scolaires, je ne parle pas d’annoncer un plan ! Je parle plutôt d’une distribution parcimonieuse d’informations dans l’objet de préparer ton auditoire à ce que tu vas dire. Je sais, c’est peut-être un peu du “Schmilblick” (j’sais pas si on écrit comme ça d’ailleurs).

En gros, l’exorde doit autant capter l’attention du public, mais aussi lui permettre de savoir à quoi s’attendre, sans tout savoir.

En regardant la bande-annonce de Gladiator II, on a une vision de l’univers spatio-temporel, des personnages, de certains événements et du propos du film sans le spoiler.

En ce sens, le deuxième rôle de l’exorde est de faire du teasing. A travers l’exemple du film Gladiator II, comprenons que l’acte de teaser ne se manifeste pas par la privation d’informations. L’intrigue que provoque le teasing, requiert une volonté de donner certains éléments aux dépens d’autres plus importants. De ce fait, teaser c’est une “distribution parcimonieuse d’informations dans l’objet de préparer ton auditoire à ce que tu vas dire”. C’est bon, mon Schmilblick semble plus claire ? 🫥 

L’intéressé crée l’intéressant

Concrètement, comment pourrais-tu composer l’exorde idéal ? Voici la formule :

EXORDE = HOOK + TEASING

Il faut d’abord que tu aies un “hook" et ensuite un bon teasing.

Dans le monde anglo-saxon, le “hook" désigne un élément qui accroche. C’est l’objectif de tous les vidéastes dès les premières secondes de leurs productions. Vous entendrez souvent cette expression s’employer (avec un anglicisme bien assumé) chez les experts du Marketing et de la Communication. En Rhétorique, Le “hook" peut être une parole comme un geste, une action ou même une inaction… Nous développerons cela dans la partie suivante.

Le teasing, nous avons développé sa fonction précédemment. Notons toutefois que l’intrigue d’un discours est conditionnée par l’intérêt de celui qui l’écoute. Si tu n’avais aucune raison de développer tes compétences oratoires, peu importe mes efforts pour capter ton attention, tu ne serais pas en train de lire un mail de plus de 2000 mots à cette heure-ci. (Allez, avoouuuuuue !)

Exercice n°1 - Développer son sens de l’intrigue et du teasing

1 - Analyser des films, et imaginer d’autres titres qu’ils pourraient avoir👇🏾

2 - Repenser le pitch dramatique de tous ces films en suivant le schéma suivant

Modèle du pitch dramatique : « Dans telle arène, à la suite de tel incident déclencheur, tel personnage se bat contre tels obstacles pour tel objectif. »

Exemple : Dans les beaux coins de Paris (arène), un professeur (personnage) de sciences comportementales apprend la mort de sa sœur (élément déclencheur). Il use clandestinement (obstacles) de son expertise en Influence pour retrouver son violeur (objectif).

3 - LES MEILLEURES STRATEGIES POUR CAPTER L’ATTENTION DE L’AUDITOIRE

C’est parce que tu auras intéressé ton public que tu seras intéressant ! Dans l’édition n°1 (clique toujours ici, si tu ne l’as pas lu), nous avions insisté sur le fait que c’est l’auditoire qui rend le discours existant. Dans le sens où, l’orateur se connecte au système de valeurs, au système cognitif et aux passions de son public pour aiguiser sa prestation orale.

Viser le cœur pour avoir le corps

En vertu de cette flexibilité, tu devras toujours parler, provoquer, dénigrer, considérer, titiller ou blâmer les intérêts et les passions de ton public. Tout ceci, selon ton intention déterminée par la Taxonomie de Chadrack (vue dans la première édition). Souhaites-tu être conforme aux attentes, ou totalement antagoniste ? Ou dans une démonstration réflexive ? A toi d’être clair sur ton intention a priori (avant de prendre la parole).

“Je n’aime pas les concours d’éloquence”.

Lorsque je commence mon discours avec ces 8 mots antagonistes, tu imagines bien que personne n’est resté indifférent. Bon, laisse-moi te raconter la suite, je suis en délit d’intrigue là !

La suiiiiiite :

Il était jusque-là sur son smartphone. Il s’arrête un instant et lève sa tête. C’est un membre de l’auditoire, situé au premier rang à ma gauche. Je garde mon sourire de businessman et je laisse volontairement 4-5 secondes de silence. Je tourne la tête vers ma droite, et je répète ma première phrase en regardant le visage qui se décompose d’une dame jusque-là enthousiaste : “Je n’aime pas les concours d’éloquence”. A ce moment précis, je perçois quelques échanges discret de mots. Ce qui manifeste une réaction, un sentiment de confusion peut-être…

Et je pose mon teasing : “Et qu’est-ce que je fous là ?”. Je le dis avec une intonation marquant mon sentiment de solitude. J’exagère ensuite mon sourire (le syndrome du businessman !!!) pour répondre à ma propre question ironiquement : “Moi-même, je me le demande”. Ce qui fait rire une partie majoritaire du public.

Je reprends mon phrasé que je complète : “Je n’aime pas les concours d’éloquence, car l’on accorde plus d’importance aux concours qu’à l’éloquence. Et si l’on prenait le temps de tout simplement observer ces discours, comme si l’on allait dans un musée. Sans comparaisons, juste avec appréciation ?”.

Tu noteras qu’à partir de ma dernière question, le public peut deviner plus ou moins la direction de mon discours.

Avant de t’énumérer les différentes stratégies pour un exorde idéal, il fallait tout de même ce rappel : l’intéressé crée l’intéressant. Si tu n’intègres pas constamment le public dans tes premiers mots, il t’accordera une considération minime.

La question rhétorique

La stratégie n°1 pour capter l’attention et démarrer avec originalité, n’est autre que la question rhétorique. Elle consiste à soulever une interrogation à l’oral, traitée par la personne qui l’évoque. Sans recherche de réponses de la part de l’auditoire.

Exemple : La vie vaut-elle d’être vécue ? (hook) Mon histoire vous dira que parfois oui, mais souvent non. (teasing)

La question intégrative

La stratégie n°2 est une variante de la première: la question intégrative. C’est formuler une interrogation qui inclut le public. Elle fait écho à une expérience déjà vécue.

Exemple : Pourquoi avons-nous les mains moites lorsque nous stressons ? (hook) J’ai longtemps pensé que c’était dû à la chaleur. Mais mes recherches ont tout remis en question ! (teasing)

La question interrogative

La stratégie n°3 est une autre variante de la première: la question interrogative. Loin d’être un pléonasme (comme dire “monter en haut”), elle désigne le fait d’interroger le public sur une question qu’il se serait déjà posé.

Exemple : Vous êtes-vous déjà demandé, pourquoi l’on se dit “bonjour” ou “au revoir” ? (hook) J’ai étudié cette question et ce que j’ai découvert m’a surpris.(teasing)

La confidence

La curiosité humaine est sans limite. C’est de là que se fonde toute la stratégie n°4 : dire au public “je vous dois une confidence…”. Suivi d’un silence réflexif et d’un teasing, son attention sera intense.

Exemple : Je dois vous avouer quelque chose… (hook) Mais je sens que ça va plomber l’ambiance. (teasing)

La phrase qui traîne par là

La phrase qui traîne par là, c’est la phrase qui traîne par là. Ahah ! En gros, c’est commencer par une phrase sans en préciser le contexte directement. Cela peut être :

  • La réplique d’un dialogue : “Tu n’as jamais été à la hauteur” (hook), c’est ce que disait ma mère toutes les fois où on se disputait. (teasing)

  • La citation d’un proche : “Pour voir grand, il faut vivre petit.” (hook), lorsque ma prof d’économie a sortie cette phrase, j’avais de l’espoir pour ma vie. (teasing)

  • L’évocation d’un sage inconnu du bataillon : Un grand homme disait “Parler c’est bien. Bien parler, c’est mieux.” (hook), ce grand homme c’est moi ! (teasing)

L’inaction est une parole

Je disais dans la partie précédente que l’inaction peut capter l’attention. Par cela, je parle de l’aposiopèse qui désigne le silence. Commencer avec un long moment d’absence de parole, ça parle aussi ! Lorsque je dis long, ça peut être jusqu’à 15 secondes tout en regardant l’auditoire.

4 - LES DEBUTS A TOTALEMENT PROSCRIRE DE TES DISCOURS

Il y a des débuts qui… sont très nuls !

J’ai jugé important de te les énumérer pour que tu te les interdises :

  • Formule de politesse : “Mesdames, Messieurs, je vous remercie de… (blablabla)”

  • Salutations : “Bonjour/Bonsoir/Ca va ?”

  • Métadiscours : “Pour commencer j’aimerais vous dire que..”

  • Hésitation : “Euuuuuh, je sais pas quoi dire…”

  • Mots parasites : “Bon/Du coup/Donc/Alors/En fait/Bref…”

En attendant la semaine prochaine pour la troisième édition sur le storytelling ! Fais-moi savoir dans le groupe privé sur Télégram si le présent mail t’a plu.

Pour rappel, gagne des points de réduction et des accès privilégiés en partageant RHETORICATOR à ton entourage.

A toi de te donner les moyens pour influencer le monde avec tes mots.

A très vite !

Chadrack Ilanga

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