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Quels sont les 5 pires conseils en Art Oratoire ?

#11 Pour ne pas foirer ses prises de parole en public🗣️

Yo ! ✊🏾

En espérant franchement que ce courriel te trouve en forme. J’étais censé consacrer un certain temps sur le sujet de l’ironie, mais on va faire autrement. Parce que la communauté RHETORICATOR a apprécié le format de la précédente édition, voici sa dérivée ! Si tu n’avais pas lu cela la semaine dernière, je te la mets ici :

INTRODUCTION

Je me souviens de cette époque. Lorsque j’avais débuté l’enseignement à l’Art Oratoire, nous étions moins nombreux en tant que consœurs et confrères. Aujourd’hui..

Le domaine fait de plus en plus parler grâce à la médiatisation des concours d’éloquence.

Loin d’être avaricieux, ceci fait ma joie. Cela dit, un constat m’a frappé : le manque de formation en la matière. J’en étais de plus en plus convaincu lorsque j’entendais certains conseils que recevaient les candidats ou les professionnels.

Alors, pour faire écho à la précédente édition sur les plus beaux conseils en Art Oratoire, voici ici les 5 pires. Comme le processus d’apprentissage nécessite parfois des déconstructions intellectuelles, je pense que cela peut t’être utile.

Bonne lecture.

1. Ecris absolument tout ton discours

Nonobstant le mode de pensée de l’oratrice ou l’orateur, ce conseil te désert. Ecrire tout son discours revient à s’enfermer dans un jeu scolaire. Si la préparation doit absolument être aiguisée, elle ne se résume pas essentiellement à l’écriture du discours.

A tort, j’ai rencontré des élèves me disant être “prêts” seulement après rédaction de leur discours. A ce titre, ce sont ceux-là qui diront aussi “ne pas être prêts” tant que leur discours n’était pas “fini”.

Par “fini”, ils veulent dire “rédigé”.

Pourtant, nous avons besoin de comprendre qu’une performance orale fonctionne lorsqu’elle est la plus proche de la spontanéité de l’instant. En ce sens, on impacte lorsque notre présence se fait ressentir auprès de l’auditoire. Or, l’écriture entière de son discours expose à 3 risques :

  • Poser une distance entre soi et son public

  • Ne pas flairer les opportunitĂ©s d’improvisation qui peuvent avoir plus d’effets que ce que l’on a prĂ©parĂ©

  • Perdre vite ses moyens par oubli ou mauvaise lecture

Par ailleurs, miser toute sa pensée sur une feuille est un acte réducteur du potentiel de ce qui se trame en nous. Retenez que le support n’a pour fonction que la sauvegarde d’une partie de ce que l’on a pensé. Il n’est aucunement le chef d’œuvre de notre pensée.

Au lieu d’écrire entièrement son discours, il est préférable de se faire un plan avec des énumérations (et des dessins). Lorsque certaines phrases nous semblent capitales pour notre message, on peut s’autoriser à les noter. L’idée là est de pouvoir visualiser le squelette de ce que l’on dira. Ensuite, il faudra répéter minimum 15 fois en se mettant dans des conditions variées.

2. Montre que tu as du vocabulaire

La culture de la démonstration verbale envahit les assises d’Art Oratoire. Et cela ne devrait pas être le cas. Ce côté “pompeux” dans les répliques alambiquées, complexifie la compréhension de ton message. S’il y a bien un mot qui me dérange dans ce conseil, ce n’est pas “vocabulaire” mais le verbe "montrer”.

En plus d’être un défaut, l’ostentation est le signe d’une grande fragilité intérieure.

Il faudrait plutĂ´t encourager au bon choix des mots. Et ceci change toute la mĂ©thodologie. En effet, l’apprenant ne devrait pas penser 👇️ 

Shocked Glitter GIF by Nickelodeon

“Il faut absolument que je puisse montrer que j’ai du vocabulaire”.

Il devrait plutôt penser comme ça.

Season 8 Episode 21 GIF by THE NEXT STEP

“Et si on employait ce mot pour faire comprendre précisément cette illustration ?..”

Le 7ème conseil de la précédente édition s’intitulé “Les mots à plus de 3 syllabes”. Ici, il n’était pas question de faire la promotion de ce que je dénonce ici. C’est vraiment insister sur le fait que les mots ne sont que les vêtements de notre pensée. Ainsi, le but est de faire le choix du mot qui accordera une transparence totale à ce que l’on pense.

De là comprenons que la richesse du vocabulaire est nécessaire pour conscientiser les différentes dimensions de notre monde. Le monde étant une perception relative de notre pensée.

3. Apprends par cœur

Dans les 5 étapes de mise en œuvre de la Rhétorique, dessinées par Cicéron, nous pouvons voir la phase appelé “memoria”.

Mais contrairement à ce que l’on peut croire, elle n’indique pas une phase de mémorisation mécanique. Au contraire, elle encourage à une lecture régulière et profonde sur les différents sujets liés au discours. Ceci pour en parler avec dextérité le jour J.

De ce fait, ne travestis jamais la mémorisation spontanée par celle qui est mécanique. En gros, prépare-toi à utiliser spontanément des éléments que tu auras étudiés.

Au même titre que l’écriture entière de son discours, apprendre par cœur expose à 3 risques :

  • Une prestation rĂ©citĂ©e et non incarnĂ©e

  • Un oubli qui dĂ©stabiliserait totalement

  • Une peur accrue de l’erreur

Le sentiment de tenir sur un fil au milieu du vide. Voilà les effets de l’apprentissage par cœur. Il faut éviter de s’exposer à cela, même pour celles et ceux ayant une bonne mémoire.

De manière générale, tu dois surtout comprendre que le propos ici n’est pas préventif du risque de l’oubli essentiellement. L’accent est surtout mis sur l’indispensabilité de la présence psychique durant la prise de parole en public. L’appréciation de l’instant vécu et la flexibilité cognitive permettant le rebondissement situationnel en toutes circonstances.

4. Annonce ton plan en exorde

La culture écrite prédomine dans le patrimoine français. De ce fait, j’ai observé beaucoup de comportements alignés avec les règles scolaires. L’école elle-même fondée essentiellement sur une culture écrite.

De ce fait, une question ressort souvent lors de mes interventions pour le Grand Oral (depuis la réforme du Bac pour les Lycéens) par exemple :

Asks Comedy Central GIF by Alternatino with Arturo Castro

“Monsieur, est-ce que c’est grave si on n’annonce pas le plan durant notre présentation orale ?”

Au-delà des règles scripturales, ce que j’y vois encore une fois, c’est bien cette crainte de ne pas paraître structuré dans sa présentation. Ma réponse est catégorique :

High School Teacher GIF

“Non. Ce n’est pas si grave. D’ailleurs, il ne faut jamais spoiler son propre film.”

Et oui. Il ne faut jamais spoiler son propre film. L’intrigue est ce qui maintient l’attention de notre auditoire. Ainsi, le fait d’annoncer le plan, revient à donner des indications précises sur les différentes étapes de notre discours.

Alors que le but réside dans ce jeu parcimonieux de distribution d’informations.

Mis à part dans un contexte académique ou scientifique où l’on doit faire cela pour des raisons protocolaires, il ne faut pas annoncer son plan à l’oral.

5. Le plus important c’est la forme de ton discours

En s’inspirant des travaux du psychologue Albert Merhabian, on avance cette pensée. Et c’est malheureusement une grande majorité de mes confrères qui contribuent à cette supercherie.

As-tu déjà entendu que “la communication non verbale représente 55% du discours” ? Ceci est une affirmation à démystifier.

En effet la recherche de ce psychologue américain portait sur l’impact d’un discours. Autrement dit, cet auteur s’est interrogé sur les éléments qui contribueraient à cela.

Albert Mehrabian.

Dans son élan heuristique, il a repéré que 3 aspects de la communication forment cela. Mais il a remarqué qu’ils avaient pas le même degré d’influence :

  • L’image soit la communication non verbale contribuerait Ă  55% de l’impact

  • La voix soit une part de la communication paraverbale, Ă  38%

  • Les mots faisant allusion Ă  la communication verbale, Ă  seulement 7%

Dès lors, les affirmations accordant précellence à la forme aux dépens du fond voient le jour. Mon problème ici, n’est pas de montrer la signifiance de la communication non verbale. C’est plutôt de le faire en dépit des mots.

Or, le psychologue a voulu indiqué par là que l’orateur doit faire un effort vocal et comportemental pour valoriser ses mots.

Ainsi, le plus important c’est ton message que tu soutiendras par une voix qui porte, un corps vivant et des mots précis.

En attendant la semaine prochaine pour la douzième édition sur l’ironie (vraiment) ! Fais-moi savoir dans le groupe privé sur Télégram si le présent mail t’a plu.

Pour rappel, gagne des points de réduction et des accès privilégiés en partageant RHETORICATOR à ton entourage.

N’oublie pas, voici ce qui s’offre à toi si tu souhaites aller plus loin :

A toi de te donner les moyens pour influencer le monde avec tes mots.

A très vite !

Chadrack Ilanga

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