Comment finir excellemment son discours ?

#8 Pour définitivement convaincre son auditoire đŸ—Łïž

Yo ! âœŠđŸŸ

Te remercier de me lire chaque semaine, ne me lassera jamais. Si aujourd’hui, la communautĂ© RHETORICATOR existe, c’est grĂące aux consultations hebdomadaires de ta boĂźte de rĂ©ception. Nous avons Ă©galement dĂ©passĂ© la barre des 100 personnes dans le groupe privĂ© sur TĂ©lĂ©gram. Tu peux nous y rejoindre si tu souhaites te surpasser Ă  travers des exercices Ă  l’oral.

Si tu veux obtenir plus qu’un mail par semaine. Voici ce qui s’offre Ă  toi : 

Maintenant, démarrons !!!!

INTRODUCTION

“Quoi, c’est dĂ©jĂ  fini ?”

Il y a deux maniĂšres d’interprĂ©ter cette phrase. Soit les individus ayant assistĂ© Ă  ce chef d’Ɠuvre n’ont pas vu le temps passer, tellement c’était passionnant. Soit ces derniers sont franchement surpris de sa fin prĂ©coce.

Peu importe ces hypothĂšses, ce qu’il y a de commun Ă  elles, c’est la dĂ©ception.

AprĂšs toutes ces Ă©ditions, nous voici en train de poser la derniĂšre pierre angulaire de la rhĂ©torique classique : la pĂ©roraison. Comment finir ? C’est la question qui nous intĂ©resse ici. Et pour servir les intĂ©rĂȘts de celles et ceux qui s’interrogent aussi Ă  ce propos, nous allons le faire de la mĂȘme maniĂšre que l’édition sur l’exorde (relis ça ici).

Si tu désires conclure excellemment tes discours et ne pas décevoir ton auditoire, lis ça.

CE QUE TU LIRAS DANS CETTE EDITION

1 - Les deux fantasmes de l’orateur

2 - Les fonctions de la péroraison

3 - Les meilleures stratégies pour terminer son discours

4 - Les fins à totalement s’interdire

1 - LES DEUX FANTASMES DE L’ORATEUR

Un discours mĂ©morable. VoilĂ  ce dont tout le monde rĂȘve lorsqu’il entame le sien. Pourtant, ceci n’est pas donnĂ© Ă  tous.

Le temps d’un simple concours, ou au cours de toute une vie, nos mots peuvent rĂ©former des comportements et changer des mentalitĂ©s. AssurĂ©ment, c’est ce que je souhaite pour vous. Mais faudrait-il encore, que nous dĂ©mystifions la notion de “mĂ©morable” ?

Pour cela, nous devons tout d’abord comprendre les deux fantasmes de l’orateur. Ils tentent de trouver la rĂ©ponse Ă  ces deux interrogations :

  1. L’auditoire a-t-il Ă©tĂ© conquis par ce que j’ai dit ?

  2. Se souviendront-ils de quelques phrases, anecdotes ou des mots de mon discours ?

Il n’y a rien de plus jubilatoire pour un musicien que de voir ses fans chanter par cƓur sa propre chanson.

Il n’y a rien de plus stimulant pour un professeur que d’entendre ses Ă©lĂšves rappeler exactement ce qui a Ă©tĂ© vu durant le dernier chapitre.

Il n’y a rien de plus romantique pour des amoureux que de revoir ou de discuter de leurs premiùres discussions.

Il n’y a rien de plus touchant pour un orateur que d’entendre les gens reprendre son discours comme rĂ©fĂ©rences de leurs discussions.

C’est en ce sens que je suis convaincu que convaincre une personne revient Ă  réécrire son prĂ©sent par notre passĂ©. En d’autres termes, c’est modifier son actualitĂ© grĂące Ă  notre discours qui se nourrit de nos pensĂ©es, vĂ©cus et expĂ©riences antĂ©rieurs. Et la pĂ©roraison fait la jointure entre le passĂ© de l’orateur et le prĂ©sent de l’auditoire.

2 - LES FONCTIONS DE LA PERORAISON

“Si vous rajoutez de l’émotion Ă  une information, vous en garantissez sa mĂ©morisation.”

C’est la thĂšse principale de John Kwick, l’expert amĂ©ricain Ă  plus de 1,47 M d’abonnĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux. Ce professionnel du cerveau est capable de mĂ©moriser les noms de tout son auditoire et de toutes les personnes avec lesquelles il Ă©change.

Et en plus, il est trop cool comme mec !

Il enseigne le potentiel du cerveau, au-delĂ  des astuces pour lire plus vite ou apprendre plus facilement. Il suffirait qu’il y ait une rencontre entre Ă©motions et informations, pour marquer l’esprit. Pour avoir appris de ses enseignements, je me suis appropriĂ© quelques-uns de ses conseils.

  • Rendre un discours “mĂ©morable” passe par une sauvegarde claire et simple de nos mots

  • Il n’y a pas de discours “mĂ©morables” qui n’émeuvent pas (mĂȘme un peu)

Nous distinguerons 2 fonctions de la péroraison qui octroieront la mémorabilité de ton discours.

La mémorabilité informationnelle

Rendre un discours “mĂ©morable” passe par une rĂ©pĂ©tition assumĂ©e. Ceci pour garantir sa sauvegarde dans la conscience des gens.

D’ores-et-dĂ©jĂ , Aristote dĂ©fendait le fait que le terrain de l’écrit diffĂšre du terrain de l’oral. Et si l’on prend le cas de la rĂ©pĂ©tition, nous pouvons y voir clair. Dans les rĂšgles scripturales, c’est signe de mĂ©diocritĂ© que d’user inlassablement de mots similaires. Or, la rĂ©pĂ©tition est centrale dans de nombreuses figures de rhĂ©torique.

Exemple de fin de discours lorsque j’étais jury : “Jusque-lĂ , nous avons vu que l’éloquence ne pouvait se rĂ©sumer Ă  des concours. Car concourir Ă  l’éloquence, c’est le combat de toute une vie. Jusque-lĂ , nous avons vu que l’éloquence Ă©tait non l’art de parler mais l’art d’exister. Car les mots ne sont que le vĂȘtement de notre pensĂ©e, qui elle, est constitutive de notre personne. Jusque-lĂ , nous avons soutenu que l’éloquence n’est pas une science, mais bien un art. La science Ă©tant rĂ©gie par des mĂ©thodes, l’art, par de la pratique.”

La pĂ©roraison est l’opportunitĂ© pour garantir la mĂ©morisation d’informations que tu juges importantes. Et cela passe par un rĂ©capitulatif direct ou indirect de ce que tu as dit (comme ci-dessus).

La mémorabilité émotionnelle

Rendre un discours “mĂ©morable” passe par un pic Ă©motionnel dans sa pĂ©roraison. Ceci pour emporter les convictions des gens.

Finalement, l’acte de discourir revient Ă  partager un nouveau message de maniĂšre Ă©mouvante (agrĂ©able ou dĂ©sagrĂ©able). La fin devrait se confondre avec le moment d’adieu. Cet instant oĂč la connexion entre l’auditoire et l’orateur prendra une autre forme : l’hĂ©ritage. Ainsi, lorsque vient ce moment, tu te dois d’avoir conscience de son irrĂ©versibilitĂ©. S’il y aura une nouvelle occasion de prendre la parole, cela sera diffĂ©rent. Pas le mĂȘme public, donc pas le mĂȘme discours. Pas le mĂȘme contexte, donc pas la mĂȘme performance.

Dans ta posture personnelle, expĂ©rimente la pĂ©roraison comme l’apologie de Socrate. Qu’aimerais-tu que ton public retienne si Ă  l’issue de ta prestation orale, tu devais mourir ?

La mort de Socrate.

Chaque propos que tu emploieras doit faire écho de ton principal message. Prends de la hauteur et offre à ton auditoire une leçon. Une seule.

Exemple de fin de discours lorsque j’étais jury (suite) : “Nous en conviendrons alors que l’éloquence est comme le reflet de ce que l’on voit devant notre miroir. Qu’elle se dĂ©finit selon la maniĂšre dont on se dĂ©finit. Si pour certains elle n’est rien, c’est parce qu’ils ont un regard insignifiant sur eux-mĂȘmes. Si pour d’autres, elle est tout, c’est qu’ils tendent vers une excellence personnelle. Et vous, oĂč en ĂȘtes-vous avec vous-mĂȘmes ? Ce n’est pas moi qui vous pose la question, c’est Madame l’éloquence.”

La fermeture

Voici la recette de la péroraison idéale avec 3 ingrédients :

PERORAISON = MEMORISATION + PATHOS + FERMETURE

Qu’est-ce que j’entends par "fermeture” ? Les derniers mots de ton discours. La derniùre phrase. Le dernier souffle.

Exemple de fin de discours lorsque j’étais jury (suiiiite) : “Victor Hugo a dit : “Quel lourd fardeau que d’exister sans vivre”. Avec l’éloquence, vous faĂźtes le choix de la vie, au lieu d’une mort ambulante.”

C’est par leur fin que sont jugĂ©s les films. De mĂȘme, ne minimise pas tes derniers mots. C’est de lĂ  que dĂ©bute l’hĂ©ritage dans cette relation entretenue avec l’auditoire. Tu as le choix entre le fait d’adopter un ton :

  • empirique et incitateur

  • empathique et prĂ©ventif

  • Ă©nigmatique et mystĂ©rieux

  • moral et responsabilisant

Nous développerons cela par des techniques claires dans la partie suivante.

Situons-nous bien ! Tu as fini de réfuter les propos de ton adversaire. Nous arrivons tout juste dans la derniÚre partie de ton discours. Que faire ? Voici des réalisables pour les différents points abordés précédemment.

Récapitulatif avec des répétitions indirectes

1. L'anaphore : rĂ©pĂ©tition d’un mot ou d’un groupe de mots au dĂ©but de plusieurs phrases

Exemple dans mon discours : "Jusque-lĂ , nous avons vu que l’éloquence ne pouvait se rĂ©sumer Ă  des concours. Car concourir Ă  l’éloquence, c’est le combat de toute une vie. Jusque-lĂ , nous avons vu que l’éloquence Ă©tait non l’art de parler mais l’art d’exister. Car les mots ne sont que le vĂȘtement de notre pensĂ©e, qui elle, est constitutive de notre personne. Jusque-lĂ , nous avons soutenu que l’éloquence n’est pas une science, mais bien un art. La science Ă©tant rĂ©gie par des mĂ©thodes, l’art, par de la pratique.”

2. L’épiphore : rĂ©pĂ©tition d’un mot ou d’un groupe de mots Ă  la fin de phrases

Exemple : « Quand je te vois, je suis heureux. Quand je t’entends, je suis heureux. Quand je te touche, je suis heureux. »

3. La symploque : combinaison de l’anaphore et de l’épiphore, avec une rĂ©pĂ©tition au dĂ©but et Ă  la fin des phrases ou propositions.

Exemple : « Si tu savais ce que je ressens, si tu savais ce que je pense. »

Mémorabilité émotionnelle

1. L'universalisation : emploi d’un langage collectif pour augmenter la tension

Exemple dans mon discours : “Nous en conviendrons alors que l’éloquence est comme le reflet de ce que l’on voit devant notre miroir. Qu’elle se dĂ©finit selon la maniĂšre dont on se dĂ©finit.

2. L’attitude : une communication paraverbale et verbale prĂ©cises

Adopte une communication non verbale et paraverbale bien aiguisĂ©es. Ta posture et ta gestuelle doivent ĂȘtre stables et tempĂ©rĂ©s. Le rythme de ton dĂ©bit doit ralentir et s’attarder sur les prĂ©cieux mots choisis. Ta voix doit chercher les cƓurs avec une intonation confidentielle et une tonalitĂ© aigue.

3. Le questionnement personnel et intime : user des interrogations pour bousculer son auditoire

Annoncer des questions auxquelles on rĂ©pond par cette seule leçon communiquĂ©e Ă  l’auditoire. Ceci a pour effet d’amener les gens Ă  se responsabiliser ou se rĂ©conforter sur celle-ci.

Exemple dans mon discours : “Si pour certains elle n’est rien, c’est parce qu’ils ont un regard insignifiant sur eux-mĂȘmes. Si pour d’autres, elle est tout, c’est qu’ils tendent vers une excellence personnelle. Et vous, oĂč en ĂȘtes-vous avec vous-mĂȘmes ? Ce n’est pas moi qui vous pose la question, c’est Madame l’éloquence.”

Fermeture

1. La citation : emprunter les mots d’une personnalitĂ© reconnue

Exemple dans mon discours : “Victor Hugo a dit : “Quel lourd fardeau que d’exister sans vivre”. Avec l’éloquence, vous faĂźtes le choix de la vie, au lieu d’une mort ambulante.”

2. Le call to action : mener l’auditoire Ă  se mettre en mouvement et se rĂ©former

Exemple dans mon discours : “Avec l’éloquence, vous faĂźtes le choix de la vie, au lieu d’une mort ambulante.”

3. Ouvertures : une question qui s’ouvre à la suite de tous

Exemple : “Si nous sommes certains que la vie est dure. Peut-ĂȘtre devrions-nous l’accepter ? Ainsi, la souffrance pourrait-elle se dissiper ?”

4 - LES FINS A TOTALEMENT S’INTERDIRE

Tu dois t’interdire ces fins mĂ©diocres đŸ‘‡đŸŸ

  • Formule de politesse : “Mesdames, Messieurs, je vous remercie de m’avoir Ă©couté  (blablabla)”

  • IntensitĂ© : Une fin qui est trop agitĂ©e et qui s’arrĂȘte d’un coup

  • Remerciements : “Merci de m’avoir Ă©coutĂ©â€

  • Annonce de la fin : “C’est terminĂ©/Pour terminer/Pour conclure”

  • Mots parasites : “Voilà”

Exercice de fin de chapitre - Rédiger un discours argumenté

1 - Choisis une problématique ou une question générale

2 - Rédige un discours argumenté en suivant la composition de la rhétorique classique

Exorde - 1Ăšre partie d’un discours (Ă©dition n°2 ici)

Narration - Les histoires, anecdotes et illustrations (édition n°3 ici)

Argumentation - Conclusion + Justification (édition n°4 ici)

Réfutation - Contre-conclusion + Justification (édition n°5 ici)

PĂ©roraison - DerniĂšre partie d’un discours

J’espĂšre franchement que tu as aimĂ© cette Ă©dition sur la pĂ©roraison. Ainsi, nous clĂŽturons le chapitre sur la RhĂ©torique classique. Du moins, sa structuration. En attendant la prochaine Ă©dition sur l’adversitĂ© ! Fais-moi savoir dans le groupe privĂ© sur TĂ©lĂ©gram si le prĂ©sent mail t’a plu.

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By the way.

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A toi de te donner les moyens pour influencer le monde avec tes mots.

A trĂšs vite !

Chadrack Ilanga

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