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Comment savoir ce qu'on va dire avant de prendre la parole en public ?

#1 Pour éviter de meubler, de combler et de blablater pour rien dès le départ 🗣️

Yo ! ✊🏾

Pour cette édition #1 de RHETORICATOR nous sommes déjà plus d’une centaine de lecteurs (ça démarre fort) ! Je te remercie du fond du cœur pour ta contribution à cette grande histoire. Tu pourras prétendre que tu étais là depuis le début ahah. D’ailleurs, ça fait écho avec le sujet de cette première..

Si tu souhaites obtenir plus qu’un mail par semaine. Voici ce qui s’offre à toi : 

Sans plus tarder, démarrons !

INTRODUCTION

Le début est une affaire délicate. Pour écrire, pour parler, comme pour faire quelconque action. C’est bizarrement l’instant durant lequel, on ressent un vide total : “un manque d’inspi”..

Ou au contraire, un excès d’inspiration qu’on régule mal. Parce que le risque est immense. Se louper dès le départ est impardonnable face à un auditoire intransigeant.

Si ce sont des situations que tu appréhendes, lis ça.

CE QUE TU LIRAS DANS CETTE EDITION

1 - Les deux actions simultanées de l’orateur

2 - Il n’y a pas de problème avec le “double discours”

3 - Déterminer le style de son discours (la taxonomie de CHADRACK)

4 - Un processus pratique pour savoir quoi dire (histoire personnelle)

1 - LES DEUX ACTIONS SIMULTANEES DE L’ORATEUR

Je te suggère d’entretenir un rapport écologique avec les mots. Parle seulement lorsque tu juges l’utilité de le faire. Sinon, fais du silence ta musique préférée. Parce qu’avant même que l’orateur ouvre sa bouche, son intention est claire. Il a connaissance de là où il souhaite mener son interlocuteur. Bien sûr, c’est un souhait qui ne se voit pas. Tel est son message.

A partir de cette intention, il formule des mots qui eux-mêmes forment un discours. Comprenons alors que l’orateur :

  1. communique un message (implicite)

  2. tout en faisant son discours (explicite)

Au même titre qu’il ne peut avoir de trains sans rails, il ne peut avoir de discours sans message.

2 - IL N’Y A PAS DE PROBLEME AVEC LE “DOUBLE DISCOURS”

Oui, dédramatise sur le double discours. Ce n’est pas si grave. Je qualifie cela même d’un acte d’ouverture intellectuelle. Mais pour que tu saisisses la portée de mes dires, il faut bien distinguer le message et le discours.

Le message : construire les rails avant l’arrivée des trains

Le message est l’articulation en mots de l’intention de l’orateur. En gros, comment pourrais-tu résumer ce que tu aimerais que l’autre reçoive de tes dires ? Ceci se fait en une ou deux phrases, généralement a priori (avant de parler). Ton message est univoque et inchangeable, car c’est ce sur quoi tu exprimes toute ta singularité.

Attention ! Ce n’est pas le sujet de ton discours, mais bien ton propos principal.

Ex : la Fable de la Fontaine “le lièvre et la tortue” abordait l’histoire d’une course entre ces deux animaux (tel est le sujet), pour nous faire comprendre l’importance de la patience et de l’endurance (tel est le message).

  • Pour un réalisateur de films, le message est le résumé de sa note d’intention

  • Pour un écrivain comme Jean de la Fontaine, c’est la morale à l’issue de chaque fable (“Rien ne sert de courir; il faut partir à point”)

  • Pour un témoignage personnel, c’est la leçon tirée de sa propre histoire

  • Pour un discours politique, c’est souvent le “call to action” à la fin

Le monde fabuleux de Jean de la Fontaine était une manière pour lui de faire passer un message.

Le discours : un voyage dans le train

“Je me sers d’animaux pour instruire les hommes”, telles sont les intentions morales de Jean de la Fontaine (1668). Nous comprenons par là, la particularité du discours.

Le discours est l’adaptation du message à son auditoire. Lorsque l’auteur prend le soin de rendre son message accessible, compréhensible et palpable, il passe par un discours. Il ne peut avoir d’impact de ce que l’on dit, si le public n’y comprend rien. L’auditoire conditionne quelque part le discours, sans pour autant définir le message de l’orateur. C’est pourquoi dans la logique d’adaptation discursive, vois-y trois paramètres de ton public :

  • Son système de valeurs : croyances, idéologies politiques, vision de la vie, ses passions etc.

  • Son système cognitif : niveau de langage, connaissances, maturité psychologique

  • Ses passions : ressentir des émotions, avoir des références familières, consommations culturelles (musique, films, hobbies..)

De ces éléments, l’orateur crée un discours pouvant apporter de la matière à faire réagir positivement ou négativement.

Bien que le message demeure unique. Le discours lui, est multiple car il s’adapte à son public. Il n’y a pas de problème avec le double discours. Mais il y a un sérieux problème avec le double message.

3 - DETERMINER LE STYLE DE SON DISCOURS (TAXONOMIE DE CHADRACK)

Ce n’est pas parce que tu adaptes ton message par ton discours, que ce dernier doit être docile aux exigences de ton public. Tu as identifié ton message, il te faut maintenant prophétiser l’ambiance que tu veux instaurer. Cela passera par ton style.

Trouvons-le à travers la taxonomie de CHADRACK (et oui, je ne suis pas allé très loin !).

Comment veux-tu performer aujourd’hui, parmi les catégories suivantes ?

LA TAXONOMIE DE CHADRACK

Classification

Définition

Style

Conforme

Adaptation totale aux attentes de l’environnement

respect du temps de parole, niveau de langage correct, ton modéré, posture diplomatique

Humoristique

Adhésion du public par une approche décalée

blagues, appropriation de l’environnement, auto-dérision, jouer avec les règles

Avenant

Inclusion constante de l’auditoire par de la participation directe/indirecte

questions rhétoriques, anecdotes familières, déplacements à proximité du public, regard “insistant” pour obtenir des réactions

Dramatique

Suggestion d’émotions fortes au public

storytelling, intonation dans les extrêmes, questions sans réponses, regard évasif tourné vers le ciel et le sol, multiplication de longs silences, variation du débit

Réflexivité

Partage d’une réflexion personnelle, ou la démonstration d’une pensée/opinion/avis

emploi d’un vocabulaire complexe, multiplication d’illustrations et d’exemples, posture pédagogique et accueillante, regard tourné vers le public pour saisir s’il comprend, style argumentatif

Antagoniste

Provocation des membres de l’auditoire et de l’environnement

attitude ironique, courtoisie exagérée, insultes éloquentes, tirades artificiels pour camoufler le silence, style réfutatif, intonation basse, tonalité mélodieuse

Concis

Prestation concise et peu développée

posture “je suis de passage”, affirmations laconiques (phrases courtes), structuration clairement identifiée, regard tourné vers les principaux intéressés, multiplication des silences entre les phrases

Kilométrique

Prise de parole volontaire longue et divertissante

posture “je suis là et pour longtemps”, multiplications d’illustrations, approche par analogie, respect difficile du temps imparti, style digressif, tirades

4 - UN PROCESSUS PRATIQUE POUR SAVOIR QUOI DIRE

Exercice n°1 - Identifier son message (ça peut prendre du temps, mais c’est un gain de temps)

1 - Avant toute prise de parole, compléter la phrase suivante 👇🏾

“Je veux parler de (sujet/thème) pour faire comprendre que (message).”

2 - Procéder à la méthode des 5 “pourquoi” de Sakichi Toyoda pour clarifier ton message

Exemple avec une histoire vraie : 

Je reçois la énième invitation pour être jury dans l’énième concours d’éloquence. Je suis lassé. Mais, je ne le ferai pas savoir. Je dois garder l’attitude pour des raisons.. euh “corporate”. Oui ! On sait bien qu’ici, nous ne sommes pas habitués à recevoir des propos francs. On doit maintenir le sourire plastique durant ces multiples serrages de main. Et faire semblant de vraiment se soucier de l’autre.

“Ca va ?”. “Oui. Ca va… Et toi ?” 😁 

Loin de moi l’idée d’être condescendant vis-à-vis des candidats ou de mes pairs. Au contraire, j’aimerais tellement les considérer. Tous. Mais quelque chose m’en empêche. Je sais pas ce que c’est.. peut-être l’obnubilation pour la victoire dans le regard de ces oratrices et orateurs. Ou le postulat de la possibilité d’une évaluation objective. C’est drôle, nous, membres du jury sommes honorés d’être installés au premier rang de la grande scène. Des feuilles et un stylo stylé, attendent patiemment nos observations. Nos critiques, notre jugement et surtout.. notre lauréat.

Tout juste assis, j’écoute passionnément la maîtresse de cérémonie user de sa belle voix pour nous donner l’eau à la bouche. Cette soirée s’annonce “éloquente”, dit-elle. De manière impromptue, elle fait appel à moi pour monter sur scène. L’idée est de faire “un beau discours” pour introduire le bal. Je lève la tête l’air curieux, et je me lève sous les applaudissements incessants de l’auditoire. Pendant que mes pas légers se rendent vers l’estrade, l’automatisme s’enclenche :

“Je veux parler de mon rapport délicat aux concours d’éloquence (sujet) pour faire comprendre que l’éloquence ne se résume pas qu’aux concours (message).”

Pourquoi ? Parce que l’éloquence est avant tout l’art d’exprimer qui l’on est, aux dépens de vouloir gagner sur l’autre.

Pourquoi ? Parce que lorsqu’on veut gagner, on substitue notre authenticité à une superficialité comportementale.

Pourquoi ? Je ne suis pas d’accord que l’on procède par des stratégies pour plaire au public et pour convaincre le jury.

Pourquoi ? Parce que l’on devrait s’attacher à faire passer un message qui nous ressemble et qui révèle notre singularité.

Pourquoi ? Parce que je ne connais pas de critères suffisamment objectifs pour juger des singularités.

Exercice n°2 - Préparer l’atmosphère de son discours (ça prend du temps, mais c’est toujours un gain de temps)

1 - S’interroger sur l’ambiance qu’on aimerait instaurer avec la méthode CHADRACK

Conforme, Humoristique, Avenant, Dramatique, Réfléchi, Antagoniste, Concis, Kilométrique ?

2 - Anticiper sur la première phrase de son discours

Exemple avec la même histoire : 

Plus je m’approche de la scène principale, moins je veux être “corporate”. Je souhaite totalement choqué. Dès le départ. Je veux me faire l’ennemi de tous, mais subtilement. Bon.. ce n’est pas le lieu approprié pour cela. J’aimerais alors partager une profonde pensée que j’espère instructive.

La maîtresse de cérémonie m’indique soigneusement de prendre place devant le pupitre. Entre réflexivité et antagonisme, je me tiens debout devant l’auditoire silencieux. Je garde mon sourire de businessman, avant de formuler mes premiers mots :

“Je n’aime pas les concours d’éloquence”.

Tu veux connaître la suite de l’histoire ? Rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième édition ! Si celle-ci t’a plu, fais-le moi savoir en commentaire ou dans le groupe privé sur Discord (le salon #feedbacks est fait pour ça).

Pour rappel, gagne des points de réduction et des accès privilégiés en partageant RHETORICATOR à ton entourage.

En attendant, à toi de te donner les moyens pour influencer le monde avec tes mots.

A très vite !

Chadrack Ilanga

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