Comment discourir face à l'adversité ?

#9 Pour tenir tête à un public hostile 🗣️

Yo ! ✊🏾

Je commence à parler peu à peu de la communauté RHETORICATOR sur les réseaux sociaux. Mais j’attends que nous atteignions la barre des 400 personnes pour le faire régulièrement. Dans tous les cas, je te remercie de me lire chaque semaine. N’oublie pas que tu peux nous rejoindre dans le groupe privé sur Télégram afin de pratiquer un peu plus.

Voici 3 archives des éditions précédentes, qui feront écho au sujet d’aujourd’hui :

Il est temps de démarrer !!!!

INTRODUCTION

La bienveillance est un mot qui fascine. Pas pour les raisons que vous pourriez imaginer.

Dans ma vie, j’ai vécu tout l’opposé. De la sphère familiale aux péripéties entrepreneuriales, ou encore dans le regard que la société a sur ce que je représente. Loin de me victimiser, j’ai appris à faire avec.. Est-ce une bonne chose ? Je ne pense pas. Du moins, pas totalement.

Car l’hostilité m’a profondément forgé. Même si elle ne m’a pas construit, elle ne m’a jamais détruit. Jamais.

Toujours en forme !

Dans cette édition, je souhaite être ton conseiller lorsque tu devras discourir dans des situations délicates. Ton interlocuteur ne partage pas du tout ton avis et attend la moindre faille pour se jeter sur toi ? Tu vas devoir parler auprès d’un auditoire dont les opinions divergent avec les tiennes ? Tu es sur le point de passer un concours oral où le jury ne veut pas de toi ou de ce que tu représentes ? Prend le temps de méditer sur tout ce que tu vas lire maintenant.

CE QUE TU LIRAS DANS CETTE EDITION

1 - Le plus grand adversaire de l’orateur

2 - La prison dorée

3 - La distinction entre soi et l’instant (histoire de Henrietta Bell Wells)

4 - Les 5 lois de l’ascendance psychologique

1 - LE PLUS GRAND ADVERSAIRE DE L’ORATEUR

Le plus grand adversaire de l’orateur est la spéculation.

Dans un contexte favorable ou hostile, spéculer enlève l’énergie nécessaire pour performer. Que veut dire ce mot ? Je le définirais comme le fait de se prononcer à l’avance sur un élément, une parole, un événement ou autre.

Voici 2 raisons pour lesquelles la spéculation est dangereuse :

  1. Elle modifie notre réalité au regard de ce qui est réellement vécu, cela peut avoir des effets qui emprisonnent

  2. Elle contribue à nous faire ressentir des émotions néfastes précocement à cause des appréhensions qu’elle provoque

Une oratrice ou un orateur embrasse toujours le présent de son discours. Il savoure émotionnellement chaque instant. Il analyse intellectuellement chaque mouvement et il s’inspire de éléments situationnels de sa prise de parole. Ceci pour trouver le moment opportun, autrement dit le Kaïros.

Avoir la pertinence revient à faire l’action qu’il faut, au moment où il le faut. Telle est la signification derrière le mot latin Kaïros soit “le moment opportun”. Pour le discerner, cela requiert d’avoir un ancrage clair sur le présent.

Pour faire face à un public hostile, il est nécessaire d’avoir la posture du guerrier prêt à les affronter. En gros, cela se résume en plusieurs attitudes :

  • Ne pas imaginer ce qui pourrait bien se tramer dans leurs pensées. Parfois, ce que l’on imagine est plus extrapolé que ce qu’il en est.

  • Ne pas interpréter la moindre expression non-verbale. Il faut se focaliser sur ce qui est dit. Si rien n’est dit, c’est que rien n’est dit.

  • Ne pas craindre le silence. Au contraire, en faire un ami à la fin de chacune de tes phrases

  • Ne pas vouloir plaire. Ne pas non plus vouloir se rendre détestable. Juste dire ce que tu as à dire.

2 - LA PRISON DOREE

“Connais ton ennemi et connais-toi toi-même. Dans cent batailles tu ne seras jamais vaincu. ”

La célèbre citation du grand stratège martial Sun Tzu, en dit long sur l’adversité. En effet, il invite à ce qu’on le connaisse aux dépens d’imaginer ce qu’il est.

Sun Tzu.

Raison pour laquelle, je t’invite à ne pas tomber dans la prison dorée.

Dans une précédent édition sur l’argumentation et la réfutation, nous avons insisté sur la formulation d’un argument.

ARGUMENT = CONCLUSION + JUSTIFICATION

La somme d’une conclusion avec une justification bien sourcée, constitue une démonstration argumentative. Exemple : “Faire du sport c’est bon pour l’humeur (conclusion) car des études démontrent que l’effort physique du corps engendre de la dopamine dans le système nerveux (justification).”

Pour contre-argumenter, nous sommes tentés de contre-justifier ce que la partie adverse démontre. Or, en effectuant cette action, nous rentrons dans la prison dorée. En effet, la prison dorée est le fait de se justifier sur une conclusion que l’on ne partage même pas. Cela nous induit directement en erreur et nous met dans une position subversive vis-à-vis de l’autre. Pour bien saisir ce propos reprenant la narration de Henrietta Bell Wells et son professeur Melvin Beaunorous Tolson.

3 - LA DISTINCTION ENTRE SOI ET L’INSTANT

L’histoire commence en 1935, durant la ségrégation raciale aux États-Unis. Au sein du Wiley College, située à Marshall dans l’état de Texas, se compose traditionnellement une équipe de quatre débatteurs comme chaque année. Ils sont sélectionnés par le professeur et poète Melvin Beaunorus Tolson pour participer à la compétition nationale de débat des Universités noires. Quatre individus tous communément noirs, mais tellement atypique l’un de l’autre : Henrietta Bell Wells, Henry Heights, James Farmer Jr, et Hobart Jarrett.

Henrietta Bell Wells (gauche) - Hobart Jarrett (milieu) - James Farmer JR (droite)

En considération de leur réalité conjoncturelle, ils verront l’école comme une nécessité pour eux de s’élever dans le sens de l’éducation mais surtout de l’élévation. Communément issu de la classe sociale inférieure due à leur couleur de peau, ils ont naturellement des souffrances intérieures que Melvin B. Tolson, va soigner par des exercices singuliers. Il les challengeait constamment.

Melvin Beaunorus Tolson - Poète et Professeur au Wiley College

Sur ce point, Henrietta Bell Wells, seule femme du groupe, subissait de la part de son professeur des défis austères et des remarques machistes pour la tester. Bien sûr, le Poète demeurait dans la simulation d’un personnage, celui de la société et de ses préjugés sur les races et les genres. C’était un réel comédien. Elle fit face avec un certain contrôle inhibiteur (gestion des émotions). Elle ne rentrait jamais dans une confrontation émotionnellement, mais dans l’adversité intellectuelle. Et cela s’articulait par de l’ironie et de la hauteur.

A Oklahoma, l’un des premiers duels qu’ils ont face à une équipe blanche est l’établissement Mount Sinai, sous la problématique suivante : « Les nègres doivent-ils être admis dans les universités de l’Etat ? ». Un instant émotionnellement correcteur pour Henrietta Bell Wells qui a la charge d’entamer le débat avec la position à l’affirmative devant un public mitigé.

« Affirmative ! J’approuve le fait que les noirs doivent être admis dans les universités de l’Etat. »

Dès ses premiers mots, des membres du public commencent à partir. Elle est déstabilisé, mais continue. Nous pouvons voir par-là, le travail de distinction entre leur personne et leur rôle. Ils étaient au centre du sujet. Mais ils devaient pas vivre l’expérience comme telle. Ils devaient prendre de la hauteur.

L’équipe de débat de Wiley College connut un franc succès, durant ces débats interacadémiques : plus de 80 victoires pour 1 seule défaite. Cela fit un retentissement national et quelques échos à l’établissement historiquement renommé the University of Southern California (USC). Effectivement, une grande question sociale et morale était toujours existante, celle de la ségrégation. Dans une époque où il était inconcevable de voir la mixité sociétale entre les noirs et les blancs, le Wiley College impulsé par les activistes noirs, proposent un débat à l’USC sur le sujet de la ségrégation sociale. La prestige école accepte à la condition d’avoir les pleins pouvoirs pour la formulation de la problématique et pour l’imposition des thèses respectives à défendre. Situation littéralement handicapante pour les débatteurs noirs, qui malgré tout, se soumettent à la négociation. Par ailleurs, le format devra opposer deux débatteurs dans chaque équipe. Ce sera Henrietta Bell Wells et James Farmer Jr qui représenteront les couleurs de leur établissement. La problématique retenue est alors la suivante :

« Dans le combat pour la justice, la désobéissance civile est-elle moralement acceptable ? »

Dans cette continuité de mise de bâtons dans les roues, il est décidé que l’équipe de l’Université de Wiley devra défendre la positive. Pour la première fois de l’histoire, l’USC ouvrira ses portes à des personnes de couleur. Effectivement, la joute oratoire se déroulera au sein de la Grande École.

Le jour J, sur terre étrangère, James Farmer Jr a la délicate responsabilité d’entamer les deux premières minutes du débat. Anxieux mais convaincu de la profondeur de son message, il se lança avec ces mots : « Assertion ! … Dans le combat pour la justice, la désobéissance civile est moralement acceptable. Mais comment la désobéissance peut-elle être morale ? Eh bien ça dépend, je pense, de notre définition des mots… euh du mot. » (The Great Debaters, 2007).

Lorsque vient le tour d’Henrietta Bell Wells, elle adopte un exorde plein d’ironie et d’adversité : « Ghandi croit qu’il faut toujours témoigner Amour et Respect envers ses adversaires... même s’ils sont de l’équipe de USC ! [Rire du public] Ghandi croit aussi que ceux qui enfreignent la loi doivent assumer les conséquences des gestes qu’ils posent… Est-ce que c’est cela l’anarchie ? » (The Great Debaters, 2007).

Finalement, après plusieurs échanges dynamiques et diplomatiques devant un public initialement hostile au message d’égalité sociale, les jeunes débatteurs noirs du Wiley College sont désignés vainqueurs à l’unanimité par les jurés. Sous les applaudissements et les éloges de l’auditoire, les protagonistes ainsi que le professeur Melvin Beaunorus Tolson soulèvent jovialement le trophée mais ne réalisent pas encore le symbole intergénérationnel de leur victoire.

Près d’un siècle plus tard, dans ce même établissement privé, les étudiants portent fièrement les flambeaux culturels de leur histoire, en s’émancipant toujours et encore avec l’exercice de la joute oratoire.

4 - LES 5 LOIS DE L’ASCENDANCE PSYCHOLOGIQUE

En m’inspirant des travaux de Robert Greene, l’auteur à succès des 48 lois du Pouvoir. Je reprends le style d’écriture de son livre pour t’aiguiller sur l’ascendance psychologique.

Voici quelques suggestions pour toi concernant le sujet de l’ascendance psychologique. 👇🏾

I - FAIS DE TES ENNEMIES, TES AMIS

Dans l’apparence, use de l’ironie pour donner l’impression que l’autre n’est pas un ennemi. Au contraire, il est une personne que tu attendriras comme un cher ami. Tout ceci dans l’attitude. Mais dans le discours de fond, prends clairement position contre lui.

Ex : “Mon très cher, vous avez tort de penser cela.”

II - POSE DE SIMPLES QUESTIONS

Sache que la question rhétorique est une arme puissante pour orienter les pensées. Ne te sens pas obligé de parler longtemps et de te justifier sur ce que tu penses. Interroge l’autre indirectement, sans lui permettre de répondre avant que tu le fasses personnellement.

Ex : “Toutes les fois où l’école a contribué à l’échec des enfants, pensez-vous qu’on en parle assez ?.. Non !”

III - SUBSTITUE L’INDIGNATION PAR DE L’ETONNEMENT ET DE LA DECEPTION

Dans un contexte hostile, la fébrilité se traduit par des réactions véhémentes (colère, hystérie, lamentation, pleurs, joie excessive, rires forcés). La meilleure réaction que tu auras face aux propos les plus offensants de ton adversaire, c’est de l’étonnement. Cela passe par une expression non-verbale en ce sens et des remarques qui s’en suivent.

Ex : “Je ne vous pensais pas comme ça. Vraiment !”

IV - NE LE DENIGRE PAS, ENLEVE-LUI DES QUALITES

L’élégance est le maître-mot. Même lorsque tu vas devoir employer des arguments ad personam (qui touchent directement la personne). De ce fait, la meilleure manière d’offusquer l’autre, est de reconnaître en lui des qualités qu’il n’honore pas.

Ex : “Vous n’êtes pas à la hauteur de votre supposée éthique.”

V - NE TE VALORISE PAS, ACCUSE L’AUTRE DE FAIRE LE CONTRAIRE

De même, tu te dois d’user de l’hostilité de l’autre pour te valoriser indirectement. C’est faire le parallèle de la loi IV : s’appuyer sur les agissements de l’autre pour mettre en avant nos propres qualités.

Malcolm X a répondu de la sorte à des agents du FBI tentant de le corrompre contre son ancien groupe la Nation of Islam :

“Vous insultez mon intelligence !”

Vous insultez mon intelligence en pensant pouvoir me faire parler. D’ailleurs vous insultez votre propre intelligence. En ayant pas pu anticipé ma réponse à toutes vos questions avant même de venir me voir.”

J’espère franchement que tu as aimé cette édition sur la péroraison. Ainsi, nous clôturons le chapitre sur la Rhétorique classique. Du moins, sa structuration. En attendant la prochaine édition sur l’adversité ! Fais-moi savoir dans le groupe privé sur Télégram si le présent mail t’a plu.

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By the way.

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A toi de te donner les moyens pour influencer le monde avec tes mots.

A très vite !

Chadrack Ilanga

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